j’avaisaussidespiècesd’or,quimerendaientconfiantenl’aveniretlibrede
dépenserl’argent.Unmerveilleuxsentimentdesatisfactionm’habitait.Tune
m’auraispasconnuentantquetravailleuracharné,pasplusquetun’auraisvu
mafemmeridée.Àlaplace,tuauraisvusonvisageéclatantdebonheur,souriant
encorecommeaudébutdenotremariage.»
«Unbeaurêve,eneffet,ajoutaKobbi,maispourquoidessentimentssiplaisants
devraient-ilstechangerenstatueimmobile?»
«Pourquoi,eneffet?Parcequ’aumomentoùjemesuisréveilléetquejemesuis
rappelécombienmabourseétaitvide,unsentimentderévoltem’aemporté.
Parlons-enensemble,commedisentlesmarins,nousvoguonstousdeuxàbord
dumêmebateau.Enfants,noussommesalléschezlesprêtrespourapprendrela
sagesse.Jeuneshommes,nousavonspartagélesmêmesplaisirs.Adultes,nous
avonstoujoursétédebonsamis.Nousétionssatisfaitsdenotresort.Nousétions
heureuxdetravaillerdelonguesheuresetdedépensernotresalaireànotregré.
Nousavonsgagnébeaucoupd’argentdurantlesannéespassées,maispourcequi
estdesjoiesdelarichesse,nouspouvonsseulementenrêver.Bah!Sommes-
nousdestupidesmoutons?Nousvivonsdanslavillelaplusricheaumonde.Les
voyageursdisentqu’aucuneautren’égalesarichesse.Devantnouss’étalela
richesse,maisdecetterichesse,nousn’avonsrien.Aprèsavoirpassélamoitié
detavieàtravaillerdurement,toi,monmeilleurami,tun’asqu’uneboursevide
ettumedis:‘Puis-jet’emprunterlamodestesommededeuxshekelsjusqu’après
lefestindesnobles,cesoir?’Alors,qu’est-cequejeréponds?Jedis:‘Voicima
bourse;j’enpartageavecplaisirsoncontenu.’?Non,j’admetsquemabourseest
aussividequelatienne.Quelestleproblème?Pourquoinepouvons-nouspas
acquérirplusd’argentetplusd’or—plusquecequiestsuffisantpourassurerla
nourritureetlesvêtements?
«Considéronsaussinosfils,ajoutaBansir.Nesuivent-ilspaslestracesdeleurs
pères?Devront-ils,avecleursfamillesetleursfilsetlesfamillesdeleursfils,
vivreaumilieudetouscesramasseursd’oretn’avoirquedulaitdechèvresûrà
boireetdelabouillieàmanger?»
«Jamais,depuistoutescesannéesquenoussommesamis,tun’asparléainsi»,
répliquaKobbi,toutintrigué.
«Jamais,duranttoutescesannées,jen’aipensécommecela.Del’aurorejusqu’à
lanuittombée,j’aitravailléàfabriquerlesplusbeauxcharsqu’unhomme