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Sommaire
romans littérature française
Marion Messina 6
La peau sur la table
Mehdi Ouraoui 12
Mon fantôme
Dominique Fabre 18
Gare Saint-Lazare
collection « œuvres libres »
Alain-Fournier 24
Le Grand-Meaulnes
Thomas Mann
La mort à Venise
Alexandre Soljenitsyne
Une journée d’Ivan Denissovitch
romans littérature étrangère
Matias Faldbakken 28
Nous sommes cinq
Ottessa Moshfegh 34
Lapvona
Ingo Schulze 40
De braves et honnêtes meurtriers
Livret promotionnel hors commerce
© Librairie Arthème Fayard, 2023
isbn : 3010000116950
5
litté
rature
fran
çaise
6 7
Résumé
M , institutrice sous pression,
Sabrina perd ses nerfs en classe et sent son destin
basculer.
Docteur en littérature comparée, Paul a renon-
cé à courir derrière des postes précaires à l’université
pour devenir boucher dans un coin perdu d’Ardèche.
C’est là qu’il fait la connaissance d’Aurélien,
paysan que l’absurdité administrative et la ponction
capitaliste poussent inexorablement vers la faillite.
Autour d’eux la France brûle. Le suicide specta-
culaire d’un étudiant devant l’Assemblée nationale
a provoqué une immense colère d’un bout à l’autre
du pays. Larmée ne va pas tarder à entrer en scène.
Le système est à bout de sou e, mais il tient
bon. Et continue vaille que vaille de gérer un chep-
tel humain trop prompt à troquer la liberté contre
l’illusion de la sécurité.
Jusqu’à quand ?
M
M
La peau sur la table

[…]
Elle passe chez sa voisine que Lina surnomme
Gousse d’ail ou la Gousse. Lancienne aux mollets et aux
pieds enflés qui déforment ses ballerines parvient à se
traîner jusqu’à la plaque électrique ; elle sert à Sabrina
un dé à coudre de café absorbé par trois grosses cuillers
de sucre. Est-ce que tu es au courant des dernières nouvelles,
ma grande ? Sabrina fait craquer les cristaux imbibés
d’amertume sous sa dent. Non, bien sûr que non, elle ne
sait rien. La vieille lui dit que la preuve du viol du gosse
Brunet est sortie –elle na pas regardé, oh ça non, quelle
horreur– mais la nuit a été mouvementée. Elle semble
partagée entre l’excitation et la crainte ; avec l’âge, on
redoute la violence, on la romantise moins. Sabrina lui
répond que ceux qui mettent le feu aux poubelles ne
sont pas ceux qui d’ordinaire lui arracheraient son sac.
[extrait]
(
 ×  mm
 pages
, 
 : 
Ma grande, tu n’as pas bien saisi. Ce ne sont pas des
feux de poubelle. Cette fois-ci, c’est très sérieux.
Elle na pas vraiment fini sa phrase quand reten-
tit une explosion. Une montée soudaine de la tempéra-
ture, une odeur de plastique fondu et de métal brûlant ;
trois voitures incendiées au même instant. On entend
au loin la sirène des policiers. Une voix féminine puis-
sante lance un avertissement inaudible. Les volets se fer-
ment. Les derniers badauds se dispersent tels des feuilles
éparpillées par une bourrasque. Quelques minutes plus
tard, la rue est fermée. Les pompiers ne sont pas arrivés.
Sabrina embrasse la voisine sur son front et se carapate.
Elle ne sait pas pourquoi elle supplie les gendarmes
de la laisser passer ni même pourquoi ils lui cèdent le
passage –sans doute l’ont-ils prise pour une folle. Elle
court sans douleur ni souffle court, avec l’instinct d’une
bête traquée qui laisse faire ses pattes. Elle court sur du
verre brisé qui tapisse le bitume et recouvre les merdes
des chiens ; elle tombe sans sentir la paume des mains
lacérée. Des hommes et des femmes lancent des trot-
tinettes électriques contre la façade de l’hôtel de ville
du  arrondissement avec une rage qui les rend aussi
légères que des plumes.
Sur un mur, il est tagué de frais « Justice pour Enzo ».
Des affichettes avec le visage de l’étudiant ont été col-
lées sur les gouttières, les potelets, l’ossature des abribus
réduits en cendres et les vitres arrière des bagnoles épar-
gnées par l’alcool enflammé. Imprimées sur du papier
jaune, elles transforment la rue en parterre de boutons
d’or. Un groupe de gens encagoulés se détache et marche
vers la préfecture de police. L’homme en tête du peloton
lance « Son nom ! » et on lui répond « Enzo Brunet ! » en
tendant le poing à chaque syllabe. La pétarade laisse la
place à un opéra de détonations ; des corps tombent.
[extrait]
M M — La peau sur la table
10 11
Après avoir exercé divers métiers, notamment dans
l’agriculture, M M a publié un premier
roman très remarqué, Faux départ (Le Dilettante,
).
 Elle ne sait pas pourquoi elle
supplie les gendarmes de la laisser
passer ni même pourquoi ils
lui cèdent le passage –sans doute
l’ont-ils prise pour une folle. »
MAriON MessiNA — La peau sur la table
© Opale
12 13
Résumé
« J  ,  , quand j’ai
rencontré Rachid Taha pour la première fois. C’était
il y a quatorze minutes. Soit trois mois, treize jours
et huit heures après sa disparition. »
Lorsque la star des années  lui demande
d’annoncer sa résurrection au monde entier, Mehdi
voit basculer son quotidien bien rangé de père
quinquagénaire et divorcé. En échange de son aide,
Rachid Taha exaucera le vœu de son choix. Fortune ?
Gloire ? Beauté ? Mehdi, professeur de latin recon-
nu, préfère demander un manuscrit disparu de
Cicéron, pour lequel il nourrit une étrange obses-
sion : La Consolation. Mais quelle peine cherche à
apaiser cet homme qui voit des fantômes ?
À la fois mordante et poétique, l’écriture de
Mehdi Ouraoui met en scène de façon drôle et bou-
leversante le combat picaresque d’un homme ordi-
naire confronté à des événements extraordinaires.
M
O
Mon fantôme

[…]
Jalil est ma fierté. Ce nest pas tout à fait rien, la fierté
d’un homme. Peut-être est-il temps, d’ailleurs, d’en révé-
ler le secret, puisqu’il semble y avoir secret, ou plutôt
mensonge, ou malentendu, à tout le moins contresens,
sur ce qu’on vend sous le nom de fierté paternelle. Il est
peut-être temps d’arrêter les frais, de revenir des histoires
de lignées, de dynasties, de noms à porter comme des
couronnes ou des croix, après tant de pères et de fils et de
fils devenus pères, après tant de fiers patriarches, empe-
reurs baisant le front de la progéniture sacrée, tant de fils
honnis, tant de pères dont-on-n’est-pas-fier, tant d’enfants
terribles et d’enfants perdus, tant de pères à dépasser ou
à décevoir, tant de filles et de mères oubliées de ce si peu
commun nom féminin, la fierté. Empli de fierté ? Empli,
c’est bon pour les ogres, c’est l’affaire de Cronos ou de
[extrait]
(
 ×  mm
 pages
, 
 : 
 
Saturne, c’est un truc de hamster qui dévore la portée, ou
de patron de PME qui trace le destin de l’enfant à naître
en accolant « et fils » en lettres thermocollées au logo de
la SARL, caressant sa postérité de plexiglas. Jalil est ma
fierté, pas le fils qu’on offre en méchoui aux dieux ni en
messie aux hommes.
Juste l’enfant qui part.
Qui, un matin imprévu et bleu horizon, se dresse
sur ses jambes potelées, puis, l’instant d’après, arrache
d’un mouvement de bicyclette l’étoffe de blouson que
tenaient vos doigts rassurants dans son dos, nage sans
vous dans les eaux glacées et brûlantes de l’adolescence
avant de s’envoler pour l’Amérique, comme naguère on
quittait son village en autocar pour aller à la guerre ou à
Paris, sans un regard donc sans une larme. Voilà ce qu’est
la fierté paternelle, une arnaque, une déchirure sans fin,
la révélation que rien d’eux ne vous appartient, jamais !
pas même l’émerveillement permanent de les voir cou-
rir, à vous couper le souffle, vers la vie et le monde.
La dernière fois que j’ai été convoqué dans le bureau
du proviseur d’Henri-IV, c’était pour Jalil. C’était d’ail-
leurs la première fois que j’y mettais les pieds, au prin-
temps 2006. Cécile mavait interdit de monter sur mes
grands chevaux. Cela tombait bien, personne ne voulait
de vagues. Pas, De, Vagues : voilà une belle devise à ins-
crire au fronton des écoles.
T’en souviens-tu, Rachid, de ce printemps ? De
vagues, il n’y eut que cela : dans les rues, de Paris et
des préfectures et sous-préfectures, un déferlement per-
manent de gosses qui refusaient le contrat première
embauche (CPE), un salaire calé sur leur âge, comme
les fast-foods proposent des menus enfants, une colère
brute qu’aucune nostalgie pour les mercredis Happy
Meal-ciné ne venait amodier. Et sur l’un des rouleaux
de ce tsunami, réplique étudiante de l’éruption volca-
nique qui avait tout cramé dans les cités quelques mois
plus tôt, sur l’un des rouleaux surfait Jalil avec sa décon-
traction habituelle. Le blocage d’Henri-IV était un sym-
bole irrésistible pour les journalistes, et mon petit pre-
neur de Bastille reçut son quart d’heure de célébrité et
six heures de colle. Ce matin, exit Cécile et Jalil, pas de
fils, et pas beaucoup de fierté. Je ne suis plus la caution,
le garant, le brave parent responsable convoqué pour
un fils qui joue à Mai 68 plutôt qu’à la Playstation, sur
le même siège je suis désormais l’accusé, le convoqué,
le présumé-innocent-plus-pour-très-longtemps.
[extrait]
M O — Mon fantôme
 
Ancienne plume politique, M O signe
avec Mon Fantôme son premier roman.
« Je peux dire, très précisément,
quand j’ai rencontré Rachid Taha
pour la première fois. C’était
il y a quatorze minutes. Soit trois
mois, treize jours et huit heures
après sa disparition. »
M O — Mon fantôme
© Opale
18 1
Résumé
« J’     , qui en un sens
résumait toutes les autres, me faire aimer de toi. »
Derrière cette phrase qui pourrait passer pour
romantique se cache en réalité le drame de toute
une vie, car cette phrase, c’est celle d’un fi ls qui
s’adresse à sa mère.
Avec des décennies de recul, un homme revient
sur les traces de son enfance et de son adolescence,
dans la salle des pas perdus de la gare Saint-Lazare,
les rues populeuses alentour, les cafés où les ban-
lieusards boivent debout au comptoir avant d’attra-
per leur train. Habitant de la première couronne,
c’était sa porte d’entrée dans Paris. À moins que la
gare nait en somme représenté à ses yeux la ville
tout entière ? C’est de là qu’il partait pour l’inter-
nat. Ou vers des familles d’accueil. Là qu’il errait
avec un ami pour éviter de rentrer chez cette mère
qui nétait pas toujours contente de le voir. Là qu’il
est tombé amoureux d’une vendeuse à la sauvette
qui aimait se moquer gentiment de lui.
Autour de lui, mille vies que son regard d’en-
fant meurtri lui fait voir avec une acuité particu-
lière. Comme si la contemplation du monde en
condensé que sont toutes les gares lui avait tou-
jours tenu lieu de refuge, et o ert l’espoir d’une
réconciliation.
D
F
Gare Saint-Lazare

[…]
Ma mère nétait pas heureuse avec lui, j’avais trouvé
ça tout seul… Ils passaient parfois le week-end à Mont-
fort l’Amaury. Je me souviens d’une photo d’elle sur les
marches du perron, elle fume une Kent, devant la grande
maison de ses amis. Elle est assise sur une marche du
perron, adossée contre le mur. Il y a des plantations,
des rosiers. Elle a l’air bien plus fraîche qu’eux. Elle est
d’une insolente jeunesse par rapport à eux. Elle est belle
là-bas ma maman. C’était la maison de campagne où
elle était la jeune femme seule, la mère célibataire qui
« bouffe de la vache enragée ». Ensuite, elle était avec lui.
Sur cette photo elle se tient un peu à l’écart, assise le
dos au mur sur le perron, elle regarde vers nulle part.
Je la comprends mieux aujourd’hui. Elle sourit dans le
vide. Peut-être qu’elle oublie un peu à ce moment-là ce
[extrait]
(
 ×  mm
 pages
 
 : 
 
fameux plafond de verre qui l’a obsédé toute sa vie. Je ne
sais pas qui elle y voit, et puis je n’ai plus cette photo.
Lamant nous emmenait parfois chez lui, dans son
appartement du  arrondissement à la porte de Cham-
perret. Il y habitait à peine en somme, à cause de ses
déplacements à l’usine, en province. Il était devenu
industriel pour une entreprise allemande… LAllemagne
on a beau dire, ça marchait quand même mieux qu’ici.
Bref, trois jours à Paris et le reste du temps à surveiller
les employés, à se déplacer chez ses clients de province.
Il faisait grimper le chiffre d’affaires. Il allait souvent à
Francfort. Quand il était seul avec elle il entreprenait
ma sœur aînée sur le conte de fées qu’elle écoutait, sur
le divan rouge tout carré, sans accoudoir. Ma mère avait
acheté une bouteille de whisky pour lui. On avait les
verres qui vont avec je me souviens. Elle allait vérifier
qu’on avait des glaçons. On avait aussi les flûtes à cham-
pagne pour les fêtes. Sur ce divan on ne pouvait pas tenir
tous ensemble. Tous ensemble était quelque chose qui
ne marchait pas, tous ensemble était une illusion. Je ne
me suis jamais guéri de ça, cette illusion. Ma sœur sor-
tait de sa chambre et repassait la tête dans le salon, s’il
était là. Elle avait une certaine attirance.
— Qu’est-ce que tu fais ? elle me demandait… Tu vas
faire un tour ? Tu restes là ?
Je ne comprenais pas ; je nai compris que bien plus
tard. Je naurai jamais bien compris. Je naurai jamais rien
compris.
[extrait]
D F — Gare Saint-Lazare
22 23
D F est l’auteur de nombreux ro-
mans d’où la gare Saint-Lazare nest jamais totale-
ment absente. Sous sa plume, on comprend que
« ceux qui ne sont rien » sont au contraire la chair
de l’humanité.
« Tous ensemble était quelque
chose qui ne marchait pas,
tous ensemble était une illusion.
Je ne me suis jamais guéri
de ça, cette illusion. »
DOMiNiQue FAbre — Gare Saint-Lazare
© Opale
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 ×  mm
 pages
 
 : 
 ×  mm
 pages
 
 : 
Traduit de l’allemand par
F B,
G B
et C S
Traduit du russe par
L et J C
 ×  mm
 pages
 
 : 
Œuvres libres
F  , les éditions Fayard comptent parmi les plus anciennes maisons
d’édition françaises, et la formidable richesse de leur catalogue est à l’image de
cette prestigieuse histoire. Fiers de cet héritage, nous avons décidé de remettre
à l’honneur une collection née il y a un siècle, « Œuvres libres », qui a accueilli
les plus grands noms de la littérature française. Ses parutions accompagneront
les rentrées de septembre et de janvier. Une sorte de parrainage des écrivains
d’aujourd’hui par leurs aînés, dans l’esprit de continuité qui donne son sens à
notre métier d’éditeurs.
Une collection « libre »
26 27
litté
rature
étran
re
28 2
Résumé
L  B coule des jours paisibles
dans la petite localité de Råset. Le père, Tormod, a
laissé derrière lui les frasques de sa jeunesse et élève
ses enfants, Alf et Helene, avec son épouse Siv. Une
adorable petite chienne, Snusken, vient compléter
ce tableau idyllique.
Mais bientôt Snusken disparaît et laisse un
vide que rien ne semble pouvoir combler. Pour
remplacer l’animal, Tormod emploie ses compé-
tences scientifi ques et donne vie à un mélange
d’argile rouge et de fertilisant. Le pâton, nouvelle
mascotte familiale, gagne très vite le cœur des
enfants, et bientôt celui de la revêche Siv.
Au même moment, un mystérieux agresseur
sème le chaos dans le village, laissant ses victimes
chauves après les avoir assommées. Les soupçons
des habitants ne tardent pas à se porter vers le com-
pagnon des Blystad.
Dans ce conte horrifi que et piquant, Matias
Faldbakken revisite avec ironie la mythologie du
golem pour mettre en garde son lecteur contre le
monstre tapi en chacun de nous, dissimulé sous le
vernis d’un couple ou d’une petite ville sans histoire.
M
F
Nous sommes cinq

[…]
À quatre heures du matin, un samedi, Tormod se
réveilla en sursaut. Siv dormait au bord du lit en lui
tournant le dos. Sous le clair de lune, la partie visible
de son échine ressemblait à un gros pain cru. Quelle
était cette inquiétude qui taraudait Tormod, cette im-
pression inconfortable ? Avait-il oublié quelque chose ?
N’ayant aucune envie de déranger Siv, ni de raviver ses
problèmes de sommeil, il se leva sans bruit. La mo-
quette qui couvrait l’étage atténuait ses pas, et il alla
doucement tendre l’oreille à la porte d’Helene. Pas un
murmure. Il voulut pourtant voir la petite et poussa la
porte qui s’ouvrit silencieusement – chez Tormod, les
portes ne grinçaient pas. Elle dormait d’un doux som-
meil, sa petite fi lle chérie à la beauté presque irréelle. Il
resta sans bouger à la dévisager jusqu’à ce qu’il perçoive
[extrait]
(
Traduit du norvégien par
M-P F.
 ×  mm
 pages
 
 : 
 
la petite respiration qui soulevait régulièrement la
couette rayée : les petits poumons faisaient leur travail.
Tormod passa devant la chambre d’Alf, ou sa salle
de jeu, et descendit au rez-de-chaussée. Le séjour était
vide. […] Il alla dans la cuisine, vide, elle aussi, seul le
ronronnement du réfrigérateur était perceptible. Une
porte séparait la cuisine du garage, à l’américaine, afi n
de pouvoir accéder directement à la voiture et, inver-
sement, rejoindre facilement la cuisine ; Tormod avait
pensé qu’il serait pratique de rentrer les courses par là et
de les ranger aussitôt, c’était lui qui les faisait la plupart
du temps, lui qui portait les sacs, il se félicitait tous les
jours de cet aménagement. Dans le garage, il n’y avait
que leur break sombre avec son allure de grosse chaus-
sure rutilante. Mais il lui sembla entendre un bruit. Un
bruit régulier et métallique de moteur qui tourne. Un
ronronnement qui venait d’à côté et fi ltrait par la porte
de l’atelier. Il contourna la voiture en prenant appui sur
le capot et pénétra dans la pièce. Ça sentait l’humidité.
Le robot, bien sûr. Tormod avait oublié de l’éteindre.
Largile va être sacrément bien pétrie, se dit-il en tâ-
tonnant le chambranle de la porte pour trouver l’in-
terrupteur. La rangée de tubes au néon s’alluma en
deux éclairs aveuglants. Le malaxeur pétrissait inlas-
sablement. Tormod s’avança. Largile avait-elle changé
de couleur ? N’avait-elle pas une teinte plus marquée,
plus foncée ? N’avait-elle pas augmenté de volume ?
Si, Tormod en était convaincu. Il arrêta la machine et,
d’un geste averti, redressa la partie supérieure munie
de crochets pour dégager le récipient métallique qui
se trouvait en dessous. Il regarda dedans. Le récipient
avait une contenance de dix litres, la taille standard
d’un seau, et il y avait versé quatre kilos d’argile, or à
présent, il était largement plus qu’à moitié plein. Ma-
nifestement, l’argile avait levé. Tormod trouva ça éton-
nant, mais, émerveillé, il enfonça son pouce dedans. Et
là, il se passa quelque chose d’étrange. La pression exer-
cée par son doigt ne rencontra pour ainsi dire pas de
résistance, comme si c’était une pâte et non de l’argile ;
chacun sait que la caractéristique principale de l’argile
rouge est son absence de plasticité, elle est malléable
mais elle garde la forme qu’on lui a donnée. Quand de
l’argile reçoit la pression d’un pouce, par exemple, elle
garde l’empreinte du doigt, c’est ça la magie de l’argile,
mais là, la marque du pouce s’estompa, l’argile retrouva
sa forme initiale.
[extrait]
M F — Nous sommes cinq
32 33
M F est un des plus grands écri-
vains et plasticiens norvégiens contemporains. Il
est représenté par de prestigieuses galeries d’art à
travers le monde, et ses œuvres sont exposées dans
de grands musées d’art moderne, et notamment
au Centre Pompidou, à Paris, où il a participé à la
FIAC en . Matias Faldbakken est l’auteur d’une
trilogie à succès écrite sous un pseudonyme. Le Ser-
veur (Fayard, ), son premier roman publié en
France, a reçu un accueil critique exceptionnel en
Norvège et à l’étranger.
« Ce texte est un mélange
indubitablement réussi entre
le roman rural, le thriller
en huis-clos et Frankenstein.
Un livre véritablement
original. »
J N
MATHiAs FAlDbAKKeN — Nous sommes cinq
© Ivar Kvaal
34 35
Résumé
M,     et crasseux,
na jamais rencontré sa mère. Di orme, battu par
son père Jude, ignoré des habitants de Lapvona, il
trouve le réconfort auprès d’Ina, sa vieille nourrice
aveugle. Celle-ci, guérisseuse capable de commu-
niquer avec les oiseaux, suscite la crainte et la fas-
cination des autres villageois, qui évitent sa cabane
dans la forêt voisine.
Alors que Lapvona connaît une période de
sécheresse et de famine, Marek tue l’héritier du
richissime Villiam par accident. Pour se dédom-
mager, le seigneur du village décrète l’adoption
du jeune meurtrier. Une existence nouvelle, domi-
née par le luxe et l’irréligion, se profi le pour Marek.
Lapvona imagine un univers médiéval et grand-
guignolesque, peuplé de fi gures tour à tour pathé-
tiques, vulgaires, grotesques et terrifi antes, où la
violence règne en maîtresse et où la rapacité fait
loi. Une autopsie du fond de cruauté qui dort en
chacun de nous, quelles que soient la région et
l’époque historique dans lesquelles il s’exerce.
O
M
[…]
La corde pendait dans le vent tiède. Les gardes de
Villiam s’en saisirent et la nouèrent au cou du ban-
dit. Ils lui portèrent un tabouret mais il ne pouvait pas
se mettre debout. Il était trop abîmé. Sa tête fut lais-
sée découverte, comme il était de coutume pour les
assassins. Les hommes qu’on pendait pour des crimes
moins graves – les maraudeurs solitaires qui violaient
ou volaient – avaient droit à un sac sur la tête. Marek
observa le bandit. Le sang de son oreille découpée avait
peinturluré sa figure de telle sorte que seuls deux petits
points d’un blanc éclatant, ses yeux, devinrent visibles
lorsqu’il porta son regard sur la foule, toute honte bue.
Après quelques glissades pathétiques, les gardes de Vil-
liam finirent par le soulever sur le tabouret et lui tenir
les jambes. Le bandit ne se débattit pas, ne jura pas. Il
[extrait]
(
Traduit de l’anglais (É-U)
par C B
 ×  mm
 pages
 
 : 
Lapvona

 
dit seulement : « Que Dieu vous pardonne », les mêmes
paroles prononcées par Marek quelques jours plus tôt.
Puis les gardes repoussèrent le tabouret et le bandit
se mit à tanguer. Il tangua, oscilla, et ses jambes sem-
blèrent se raidir et ruer. Son corps se crispa et se figea,
les jambes rigides et droites. Enfin, il s’immobilisa.
« Il est déjà mort ? demanda Marek.
— Mon Dieu, mais tu es aveugle ? » Jude tourna la
tête et vit que son garçon s’était couvert les yeux avec son
chapeau. Jude le lui retira. « Regarde un peu. » Marek
ouvrit les yeux juste à temps pour voir un des hommes
de Villiam éventrer le bandit à l’épée. Les boyaux se
répandirent et tombèrent sur le gibet avec un bruit qui
résonna dans le silence de la foule. Marek se détour-
na et se cacha la figure dans la manche du chandail en
laine de son père, couvert d’herbes sèches et de ronces et
imprégné de l’odeur des agneaux. Il fut pris d’un haut-
le-cœur, se pencha et cracha par terre. Il y avait un pro-
blème avec son estomac. Jude le prit par le bras et l’éloi-
gna de la foule.
« Mais qu’est-ce que tu as ?
— Je ne sais pas.
— Tu es triste pour le bandit ?
— Oui.
— Pourquoi donc ?
— Il était peut-être le père de quelqu’un.
— Tu penses qu’il naurait pas tué sa propre famille ?
— Je ne sais pas.
— Ces bandits se moquent de la famille. Ils sont
les fils du Diable. Oublie-le. Maintenant il va pour-
rir. Il nourrira les asticots. Veux-tu que nous cueillions
quelques fleurs sur le chemin de la maison ?
Oui. »
[extrait]
O M — Lapvona
 
O M est une écrivaine américaine,
auteure de Mon année de repos et de détente (Fayard,
), best-seller du New York Times ; Eileen (Fayard,
), récompensé par le prix PEN/Hemingway,
naliste du Man Booker Prize et du National Book
Critics Circle Award ; Nostalgie d’un autre monde
(Fayard, ), distingué parmi les livres de l’année
par la New York Times Book Review ; et La Mort entre
ses mains (Fayard, ), nommé parmi les livres de
l’année  par Elle, Bustle et The New York Public
Library.
© Krystal Gri ths
O M — Lapvona
« Captivant… Moshfegh s’aventure
loin de sa zone de confort avec
Lapvona, et nous prouve combien
elle a encore à o rir à la littérature
américaine aujourd’hui. »
The Financial Times
« Un roman plein d’esprit, vicieux.
Moshfegh est l’une des
chroniqueuses de l’abject les
plus excitantes. »
The Observer
40 41
Résumé
N P, antiquaire à Dresde, est
réputé dans toute l’Allemagne de l’Est pour son
air en matière de livres anciens et rares. Les amou-
reux de la littérature savent qu’ils peuvent toujours
dénicher de nouveaux trésors sur ses étagères.
Mais après la chute du Mur à l’automne ,
la politique envahit tout, les clients se font rares, et
la concurrence d’Internet apparaît. Paulini a beau
résister pour sauver l’œuvre de toute une vie, une
sorte de noirceur obscurantiste semble s’emparer
de son âme.
Comment un humaniste se change-t-il en réac-
tionnaire – ou plutôt en révolutionnaire ? Et dans
quelle mesure peut-on se fi er au conteur de cette
histoire ?
Un roman sur l’amour du livre imprimé et
l’irruption de l’Histoire dans la conscience poli-
tique individuelle, où la vérité s’échappe dans un
changement de perspective continu.
I
S
De braves et honnêtes
meurtriers […]
À Dresde, dans le quartier de Blasewitz, vivait jadis
un libraire de livres anciens et rares qui, en raison de
ses ouvrages, de ses connaissances et de son peu d’incli-
nation à se laisser impressionner par les attentes de son
époque, jouissait d’une incomparable réputation. Ce
nétaient pas uniquement les gens du coin qui se ren-
daient chez lui. Non seulement on gardait jalousement
son adresse à Leipzig, Berlin ou Iéna, mais des affamés
de lecture accouraient même des îles de la mer Baltique,
Rügen et Usedom. […]
D’autres librairies disposaient peut-être d’une offre
plus large, avec plus de raretés dans des locaux plus spa-
cieux. Mais celui qui venait dans la Brücknerstrasse du
quartier de Blasewitz à Dresde, qui poussait la grille en
fer du jardin et passait devant des haies et des poubelles
[extrait]
(

Traduit de l’allemand
par A L et
R L-O
 ×  mm
 pages
 
 : 
 
pour atteindre la porte de la maison, appuyer sur le bou-
ton branlant situé à côté de la plaque indiquant « Livres
anciens et rares », celui qui attendait patiemment que la
porte s’ouvre avec un claquement, qui accédait au pre-
mier étage par les marches en grès et qui, enfin, action-
nait la sonnette d’aluminium au tintement grêle por-
tant l’inscription « Tournez », celui-là aspirait à plus
encore : il voulait pénétrer dans le domaine du célèbre
libraire de livres anciens et rares Norbert Paulini.
Norbert Paulini ressemblait à un sacristain ou à
un gardien de musée lorsque, protégeant de son corps
l’entrebâillement de la porte, il examinait le visiteur
par-dessus ses lunettes et le déconcertait par son « Vous
désirez ? ».
Selon le temps qu’il faisait ou la saison, il indiquait
les portemanteaux et le porte-parapluies et s’éloignait
à grands pas avant de revenir peu après avec quelques
livres entourés d’une bande élastique maintenant le
papier où figurait le nom de son vis-à-vis.
« Il y a là quelque chose qui pourrait vous inté-
resser », disait-il, enfilant l’élastique sur son poignet
gauche et faisant disparaître le papier dans la poche
de sa blouse d’un bleu gris. Et Norbert Paulini de faire
aussitôt état des raisons qui l’avaient conduit à ajouter
tel ou tel titre à celui recherché. Et ses paumes et ses
doigts caressaient les livres, se blottissaient contre eux
ou effleuraient leurs blessures, déchirures sur la couver-
ture, dos décollé ou angles écrasés. Il déposait les livres
l’un après l’autre devant lui en s’affairant, du bout des
doigts de sa main droite, à les aligner à la même dis-
tance du bord de la table. « Peut-être que l’un d’entre
eux suscitera votre intérêt », répétait-il pour conclure
avant de se retirer. Il était rare que, resté seul avec les
livres, quelqu’un repoussât ses suggestions. Ne pas avoir
assez d’argent sur soi nétait pas une raison. Chacun
avait le droit d’emporter tout de suite ses livres chez
lui après que la manivelle de la caisse enregistreuse fut
actionnée et que le montant restant à régler fut inscrit
sur un morceau de papier. Mais il arrivait fréquemment
que Norbert Paulini chiffonne sous l’œil de son hôte
la reconnaissance de dette qu’il venait d’établir, avant
d’ajouter sans mot dire le livre désiré à ceux qui étaient
déjà payés. Il restait sourd aux protestations de ceux qui
ne voulaient pas accepter pareille générosité. Norbert
Paulini savait ce qui était bon pour chacun et chacune.
Qu’importaient quelques marks de plus ou de moins ?
[extrait]
I S — De braves et honnêtes meurtriers
 
I S est né en  à Dresde et vit à Berlin.
Après des études de philologie classique et de litté-
rature allemande à l’université d’Iéna, il a travaillé
comme dramaturge et journaliste.
Il a publié dix-sept livres, traduits en trente lan-
gues, et a reçu de nombreux prix littéraires dont le
Prix du Salon de Leipzig, le Prix Berthold Brecht de
la ville d’Augsbourg, le Premio Grinzane Cavour ou
le Prix Samuel Bogumil Linde. Depuis , Ingo
Schulze est membre de l’Académie des arts de Ber-
lin, dont il a été le directeur du département littéra-
ture jusqu’en . En octobre , il a reçu l’ordre
national du Mérite de la République Fédérale d’Al-
lemagne pour son engagement politique en tant
qu’auteur et artiste. Son dernier roman, De braves
et honnêtes meurtriers, a été acclamé par la critique
et a connu un énorme succès en Allemagne.
« Langle mort d’une histoire,
c’est celui de son narrateur
– et celui de son lecteur.
C’est ce que nous démontre
Ingo Schulze sans étalage
Bayern 2
« Un des chroniqueurs
les plus subtiles des
changements dramatiques
de l’Est allemand après
la chute du mur. […]
Un livre précis, concis
et évocateur. »
NZZ am Sonntag
« Dans ce fantastique roman,
Ingo Schulze s’attèle
à la quête de sa propre
culpabilité. »
Der Spiegel
« Un récit aux revirements
inattendus et à la structure
ra née qui pose une
question d’actualité :
Comment cet homme a-t-il
pu devenir un extrémiste
de droite ? »
Frankfurter Allgemeine
Sonntagszeitung
© Gaby Gerster
« Ingo Schulze est
un grand écrivain. »
G G
I S — De braves et honnêtes meurtriers
46
D F
Gare Saint-Lazare
Pages : 
Format :  × 
Prix provisoire :  
Code Hachette : 
 : 
Parution :  août 
Presse : M C
M M
La peau sur la table
Pages : 
Format :  × 
Prix provisoire : , 
Code Hachette : 
 : 
Parution :  août 
Presse : M C
M O
Mon fantôme
Pages : 
Format :  × 
Prix provisoire : , 
Code Hachette : 
 : 
Parution :  août 
Presse : M C
M F
Nous sommes cinq
Pages : 
Format :  × 
Prix provisoire :  
Code Hachette : 
 : 
Parution :  août 
Presse : S G
O M
Lapvona
Pages : 
Format :  × 
Prix provisoire :  
Code Hachette : 
 : 
Parution :  août 
Presse : C B-V
I S
De braves et honnêtes meurtriers
Pages : 
Format :  × 
Prix provisoire :  
Code Hachette : 
 : 
Parution :  août 
Presse : S G
A-F
Le grand Meaulnes
Pages : 
Format :  × 
Prix provisoire :  
Code Hachette : 
 : 
Parution :  août 
Presse : M C
T M
La mort à Venise
Pages : 
Format :  × 
Prix provisoire :   
Code Hachette : 
 : 
Parution :  août 
Presse : M C
A S
Une journée d’Ivan Denissovitch
Pages : 
Format :  × 
Prix provisoire :  
Code : 
 : 
Parution :  août 
Presse : M C