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S’il fallait retenir deux concepts du travail méthodologique de Durkheim, ce serait
probablement ceux de holisme et de contrainte sociale car pour lui le « fait social », objet
d’étude de la sociologie, se reconnaît en ce qu’il exerce une contrainte sur l’individu. Par
ailleurs toute étude d’un fait social doit démarrer du groupe qui est, selon Durkheim,
logiquement et historiquement antérieur à l’individu et qui ne peut donc se réduire à la somme
des individus.
Aucune science n’est totalement indépendante du contexte historique durant lequel
elle se développe et s’est particulièrement vrai pour la sociologie. En effet, pour Durkheim, la
sociologie ne vaudrait pas une heure de peine si elle n’avait qu’un intérêt spéculatif.
«Nous estimerions que nos recherches ne méritent pas une heure de peine si elles ne devaient
avoir qu'un intérêt spéculatif. Si nous séparons avec soin les problèmes théoriques des
problèmes pratiques, ce n'est pas pour négliger ces derniers : c'est, au contraire, pour nous
mettre en état de les mieux résoudre » (Extrait de « De la division du travail social »).
Durkheim est un penseur représentatif de la IIIème République : celle ci, née de la défaite,
reste fragile, marquée par les scandales et les tentatives de déstabilisation de la république
(affaire Boulanger) ; le conflit entre l’Eglise et l’Etat pose le problème de la laïcité ; enfin, la
Religion n’étant plus en mesure de fournir un consensus reposant sur des croyances
collectives, il convient de constituer une « morale laïque ».
C’est aussi la période de la seconde révolution industrielle marquée par l’approfondissement
du travail en usine et l’affirmation croissante de la classe ouvrière aussi bien dans la
participation aux bourses du travail que dans la création d’associations professionnelles
(association des chapeliers en 1879, des travailleurs du livre en 1881, des cheminots en 1890)
ou de syndicats (autorisés par la loi Waldeck-Rousseau de 1884) comme la création de la
Confédération Générale du Travail en 1895 et, bien sûr, dans des grèves dures (Anzain en
1884, Fourmies en 1889 et 1891, Courrières en 1906) .
Durkheim, attentif aux possibilités de consensus dans la société, perçoit ces conflits
sociaux comme des situations anormales résultant du manque de coopération entre les
groupes sociaux. Dans son ouvrage « de la division du travail social » il met en évidence le
fait que les sociétés modernes fondent leur solidarité non plus sur la ressemblance entre les
hommes et la soumission à une conscience collective mais sur le fait que la « spécialisation
des fonctions » rend les hommes dépendant les uns des autres. Mais il constate qu’il existe des
« formes anormales » de la division du travail (dont les conflits sociaux sont une des
manifestations), formes qui n’arrivent pas à assumer leur fonction traditionnelle de solidarité.
La IIIème République sera également ébranlée par l’Affaire Dreyfus : à cette occasion
c’est, d’après le sociologue Richard Sennett, toute une partie de la France qui cherche à se
construire une identité communautaire en s’opposant à une ennemi supposé, « le juif », et en
sacrifiant un individu à l’honneur d’une institution (en l’occurrence, l’institution militaire).
C’est à l’occasion de cette affaire que sera créée la « ligue des droits de l’Homme », que
s’imposera en France le clivage « Droite-Gauche » et, surtout, qu’apparaîtra la figure nouvelle
de « L’intellectuel » (représenté par Emile Zola et son « J’accuse »). Pour Durkheim, ce sera
l’occasion d’insister sur le fait que si l’individualisme croissant qui apparaît dans les sociétés
modernes peut dégénérer en égoïsme ou en anomie (c’est l’objet de son ouvrage sur le
suicide), il ne saurait être question d’opprimer l’individu au profit du groupe. Il convient donc
de voir que si Durkheim se range clairement dans le camp du « holisme » d’un point de vue
méthodologique, il n’en défend pas moins l’individu et l’individualisme qu’il convient de
distinguer de l’anarchie et de l’égoïsme et qui, selon lui, est « le seul système de croyances qui
puisse assurer l’unité morale du pays ». (Extrait de « L ‘individualisme les intellectuels » -
1898). Pour autant, l’individualisme n’est pas, pour Durkheim, une propriété naturelle de
l’homme mais est le produit de la société de son époque. Toutefois, Durkheim s’inquiète des
excès possibles de l’individualisme, notamment du fait qu’à la suite du relâchement des